La Sogit et le quai de Cap-à-l’Aigle. Collectivité avez-vous dit ?

Texte paru sur la Sogit dans le quotidien Le Soleil

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Le Soleil publiait récemment, sous la plume de Gilles Gagné, collaborateur spécial au quotidien, un texte fort intéressant sur la problématique de la sauvegarde des quais au Québec et intitulé S.O.S. quais en détresse.

Accompagnant le reportage, une photographie éloquente du quai enroché de Saint-Irénée, en Charlevoix. Bien difficile pour plusieurs d’entre-nous de ne pas faire le lien avec celui de Cap-à-l’Aigle, étant donné que la Société de gestion des infrastructures de transport de Charlevoix (Sogit) travaille à lui réserver le même sort. Cela malgré le fait que depuis plusieurs mois, comme mairesse de La Malbaie, je milite pour sa sauvegarde comme l’a fait, bien avant moi, un millier de citoyens signataires d’une pétition portant le même message.

Le programme de cession des ports de Transports Canada

Il faut rappeler que le 23 mars 2012, au terme d’un long processus, Transports Canada, via son programme de cession des ports, cède officiellement à la Sogit, les quais de Cap-à-l’Aigle et de Pointe-au-Pic, tous deux situés à La Malbaie. L’acte de cession s’accompagne d’une enveloppe de près de 9 millions de dollars. De l’argent public devant permettre de réaliser des travaux «d’amélioration» des infrastructures et de contribuer aux frais d’opération durant une période transitoire évaluée entre 5 et 7 ans.

De l’argent public donné à l’entreprise privée pour des intérêts privés

Se targuant d’avoir négocié comme représentant de la «collectivité», la Sogit, compagnie constituée en vertu de la troisième partie de la Loi sur les compagnies, administre ainsi depuis le printemps 2012, à titre de propriétaire, les infrastructures devenues privées, sur notre territoire. La gestion est assurée par un conseil d’administration dont la composition, conformément aux règlements généraux, prévoit des administrateurs nommés d’office dont la majorité, à raison de cinq contre trois, représente des entreprises privées. Une structure d’ailleurs que j’ai tenté, sans succès, de rendre plus ouverte; notamment en passant par une bonification de son membership qui, force est de constater, est tout aussi fermé. Contrairement à cette majorité, j’y siège comme représentante d’un organisme public, la Ville de La Malbaie, avec toutes les obligations qui incombent aux élus et notamment celle de rendre compte.

Ces obligations imposent, pour tous les dossiers, de travailler au développement de notre collectivité dans l’intérêt commun. De mon point de vue, cette vision ne peut être dissociée non plus de l’incontournable nécessité de construire sur la mise en valeur de notre patrimoine et, dans le cas qui nous intéresse, la riche histoire maritime de Charlevoix.

Comme mairesse intéressée pour notre collectivité aux perspectives d’avenir qu’offre le fleuve Saint-Laurent, et notamment celui du développement du marché des croisières, j’avance que le positionnement de La Malbaie, comme destination, devrait passer par la sauvegarde du quai de Cap-à-l’Aigle de manière à appuyer et consolider celui de Pointe-au-Pic. Toutefois au pays de la démocratie charlevoisienne l’argent public a été confié ici à l’entreprise privée qui en décide autrement, sans écoute ni égard à la position des élus et aux retombées éventuelles destinées à l’ensemble de la population.

Les travaux au quai de Cap-à-l’Aigle

Ainsi en ce qui a trait au quai de Cap-à-l’Aigle, la Sogit prévoit son enrochement,  l’inscrivant par surcroît à la chronique d’une mort annoncée comme celui de Saint-Irénée. Elle justifie sa décision,  tantôt en invoquant une soi-disant obligation de l’enrocher inscrite à l’acte de cession, tantôt en invoquant une orientation prise il y a une douzaine d’années résultant d’une évaluation portant sur les coûts trop importants qu’engendrait la remise en état du quai.

Contrairement à ce qu’avance la Sogit, Transports Canada consent à la bonification des travaux prévus au quai de Cap-à-l’Aigle et affirme ne jamais avoir produit d’évaluation sur les coûts nécessaires pour la remise en état de l’infrastructure. Une évaluation que d’ailleurs la Sogit, malgré mes demandes incessantes, n’a pu me fournir copie à ce jour. Ce qui évidemment questionne profondément le bien-fondé de la décision initiale menant à l’enrochement du quai.

En toute démocratie

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Toutes les démarches entreprises pour la recherche de fonds supplémentaires visant la réfection du quai de Cap-à-l’Aigle, plutôt que son enrochement, n’ont trouvé écho auprès de la Sogit qui a fait fi des résolutions d’appui en ce sens, votées à l’unanimité, par le conseil de Ville de La Malbaie, deux fois plutôt qu’une, et le conseil des maires de la MRC de Charlevoix-Est.

La Sogit n’a pas cru bon prendre en compte, non plus, la demande que je leur ai adressée publiquement afin de soustraire au contrat de services octroyé, au coût de 1,2 millions de dollars, les travaux visant l’enrochement de la face sud du quai donnant sur le fleuve. Ce laps de temps supplémentaire aurait permis de compléter le montage financier permettant la remise en état de l’infrastructure.

Elle n’a pas davantage considéré le demi million de fonds privés recueilli, suite à mes démarches, ni la proposition du dépôt d’un plan de gestion de l’infrastructure selon plusieurs scénarios et accompagnant, une fois complété,  le montage financier. Forte de 9 millions de fonds publics, la Sogit persiste et signe et fait la sourde oreille à la représentante élue par la collectivité, où se trouve les infrastructures, et garde le cap sur l’enrochement du quai de Cap-à-l’Aigle.

Un endroit béni des dieux

Le fleuve ici, est plus qu’un élément du paysage, il est le cadre géographique qui a permis de développer diverses activités liées à la vie sociale et économique telles que la pêche, le cabotage et la villégiature.

Inauguré en 1881, le quai de Cap-à-l’Aigle, au même titre que celui de Pointe-au-Pic, accueillait notamment les nombreux estivants venus à bord de «palais flottants» et dont l’histoire a tellement nourri notre imaginaire collectif.

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Comme me le confiait récemment un habitué du fleuve et de la région, le quai de Cap-à-l’Aigle est un endroit béni des dieux. Localisée sur la rive nord du Saint-Laurent, entre Québec et Tadoussac, l’infrastructure est accessible à l’année puisque située en eau profonde et dégagée des glaces tout l’hiver. A u bout du quai, paroi sud que la Sogit est à enrocher, les instruments indiquent, à marée basse, 35 pieds de profondeur. Un sacrilège dira-t-il d’un ton partagé entre la colère et la tristesse. Des sentiments ressentis par bon nombre de citoyens et de gens de la mer qui fréquentent l’endroit en raison notamment de la marina «Le port de refuge» contigüe au quai où, à chaque année se déroule l’une des plus anciennes régates tenue au Québec, la course Triangle.

Un fleuve sans amarre

Selon le communiqué de mars 2012, Transports Canada désirait, par la cession des quais de Pointe-au-Pic et de Cap-à-l’Aigle, «promouvoir la croissance de l’économie locale». En contrepartie de cette cession la Sogit aura reçu 9 millions de dollars provenant du fédéral dont une partie sera injectée à la destruction du quai de Cap-à-l’Aigle.

De l’argent qui aura transité du public au privé et qui, au terme de l’exercice, a permis à la Sogit, sans obligation de rendre compte à qui que ce soit, de tourner le dos à notre passé et de freiner notre avenir à l’égard de certaines perspectives de développement pourtant si prometteuses pour notre collectivité.

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