Quai de Pointe-au-Pic. MILLIONS MANQUANTS DANS NOTRE ÉCONOMIE

Quai : Deuxième partie

Les croisières internationales
LA MALBAIE MANQUE ENCORE À L’APPEL!
Photo Francis Baillargeon
Photo Francis Baillargeon

Pendant que la Sogit « brette » depuis maintenant 10 ans sur le quai touristique de Pointe-au-Pic, 9 villes ou régions côtières du Saint-Laurent profitaient des nombreux millions disponibles pour se positionner comme port d’escale afin d’accueillir les navires de croisières internationales. Malgré sa grande tradition maritime et son énorme potentiel, force est de constater que la Sogit semble avoir manquée le bateau pour inscrire La Malbaie à l’intérieur de ce circuit de croisières, un  développement pourtant si prometteur et intiment lié à son histoire.

Lancée en 2008, la stratégie de développement et de promotion des croisières internationales mise de l’avant par Tourisme Québec, de concert avec Développement économique Canada, a permis à 9 villes du Québec d’investir sur l’amélioration de leurs infrastructures et la promotion de leurs destinations. Six nouvelles escales en région, s’ajoutant, dans une offre structurée, aux ports de Montréal, Québec et Trois-Rivières, ont vue le jour grâce aux aides gouvernementales qui pouvaient atteindre jusqu’à 2/3 des coûts des projets présentés.

L’un de ces ports d’escale, La Baie, à Ville Saguenay, s’est prévalu de cette offre pour aménager pavillon d’accueil, village portuaire, quai et passerelles. Des infrastructures pour lesquelles des prix ont été décernés par l’Ordre des ingénieurs du Québec. Ce qui contraste avec le spectacle désastreux des infrastructures dont nous afflige la Sogit, depuis déjà trop longtemps.

La Sogit va-t-elle manquer le bateau encore une fois ?

La stratégie de développement des croisières internationales est couronnée de succès pour  les neuf ports d’escale qui y ont adhérés alors qu’au niveau provincial, on enregistre, au terme de l’exercice 2008-2013, une augmentation de 100% de la clientèle selon Tourisme Québec. Et les bonnes nouvelles pour ces ports d’escales ne s’arrêtent pas là.

Alors que la candidate libérale, Mme Caroline Simard, marque le pas dans la présente campagne, en soulignant l’importance du marché des croisières internationales, le gouvernement de Mme Marois, députée de Charlevoix, rendait public, le 27 février dernier, la stratégie de mise en valeur du Saint-Laurent touristique.  Son plan d’action 2014-2020 s’accompagne d’une enveloppe de    77,3 M $.

Pointe-au-Pic, exclut des ports d’escale

Si la Sogit a manqué le bateau la première fois, elle risque malheureusement de nous faire manquer le deuxième aussi puisque la moitié du budget disponible annoncé dans cette stratégie de mise en valeur du Saint-Laurent touristique sera utilisée pour rendre  les dix pôles du fleuve encore plus attractifs. Neuf de ces dix pôles en question correspondent aux ports d’escale du St-Laurent, où La Malbaie ne figure pas.

Pour sa part Québec Maritime qui regroupe la Côte-Nord (Duplessis et Manicouagan) vient de se faire reconnaitre comme le dixième de ces pôles. À ce rythme, si le passé est garant de l’avenir, il semble bien que nous serons les seuls absents à la fête des investissements et des retombées économiques lucratives.

« des bateaux de 2 000 passagers, je ne veux pas voir ça chez nous »

Surtout lorsqu’on a pour gouvernail la Sogit et que son secrétaire trésorier, directeur général du CLD de Charlevoix-Est par surcroît, M Guy Néron, déclare « …que nous autres des bateaux de 2 000 [passagers], ce qui arrive à Québec, je ne veux pas voir ça chez-nous ». Déclaration difficilement excusable alors que même certains croisiéristes de navires de 100 passagers se questionnent sur la destination, comme le rapportait, en octobre dernier, une nouvelle de Radio Canada à l’effet que Great Lakes Cruise envisageait de retirer Charlevoix de son offre pour la prochaine année. On se rappellera qu’à l’automne, six des croisières prévus au quai de Pointe-au-Pic avaient été annulées.

Au nom de la collectivité, la Sogit s’est fait transférée des infrastructures et 8, 9 M $ de fonds publics et persiste, malgré l’état de situation, à nous servir, son mutisme indécent. Pourquoi n’a-t-elle pas, à l’instar des autres régions côtières du Saint-Laurent, frappée à la porte des gouvernements pour obtenir sa part du gateau?

Pendant que nos consœurs se positionnent sur le marché lucratif des croisières et bonifient ou développent les infrastructures de leurs collectivités, grâce aux millions de nos gouvernements, ici les millions investis nous confrontent à des structures de quai arrondis, comme si la Sogit était passée maître dans l’art de tourner en rond.

Une situation qui risque de nous donner le tournis lorsqu’on réfléchi aussi aux retombées économiques engendrés annuellement par l’industrie des croisières internationales. Après seulement quelques années d’opérations, ces retombées se  chiffraient à 5 M $ au port d’escale de La Baie et à 4 M $ à celui de Gaspé.

Alors que l’économie de notre région encaisse davantage de mauvaises que de bonnes nouvelles ces temps-ci, avons-nous vraiment le loisir de laisser la Sogit nous priver, encore longtemps, d’une voix de développement si prometteuse?

 

Quai de Pointe-au-Pic. L’HISTOIRE SANS FIN

Quai : Première partie

LES HAUTS ET LES BAS D’UN QUAI MAL BARRÉ!

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C’est un réveil brutal qui attendaient les gens de la région, d’autant qu’ils avaient encore une fois donné la chance au coureur pour voir enfin ce quai rafistolé et paré à accueillir à nouveau, gens et bateaux. Après 10 années de péripéties coûteuses force est de constater que la Sogit n’est toujours pas en mesure d’offrir le quai fonctionnel tant espéré.

Pour la population de La Malbaie, particulièrement les gens du secteur affligé, la scène est pitoyable. En toile de fond, amas de terre volumineux, inukshuk déboussolé et machinerie imposante qui a fait le pied de grue, de novembre à la fin février, sur le chantier éventré.

Une machinerie qui pourtant s’était bien fait entendre pendant les longs mois des travaux du quai et ses nombreux reports.  Reports attribuables, selon l’ingénieur, au vent, à la marée et aux vagues. Sans compte une bite d’amarrage, qui aurait donné, semble-t-il, du fil à retorde au praticien. « Les  travaux sont exécutés au fond de l’eau et on ne voit pas ce qu’on fait. » ajoutera-t-il. Dur constat s’il en est, étant donné qu’on est sur un quai. Mais bon, je n’en dit pas plus si non que la Sogit, a fini par accoucher du chantier « finalisé » en novembre dernier.

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4 M $ plus tard, retour au point départ

Toute une finalité par ailleurs puisqu’à peine quinze jours plus tard, on cassait déjà, à la pelle mécanique, les tonnes de béton fraichement posées. Investigation oblige, étant donné le rayon de courbure du mur nouvellement aménagé au coût de 4 M $. La solution avancée, mais non confirmée, seraient l’implantation de 17 pieux d’acier dont on ne connaît pas pour l’heure, le montant de la facture ni qui l’assumera. Étant donné le mutisme légendaire de la Sogit, il y a fort à parier, que nous aurons notre quai en « pieux état » avant de disposer de l’information.

Pourtant au point où nous en somme je crois que la Sogit ne peut plus se défiler, elle doit répondre aux questions que nous sommes en droit de poser. Après tout l’argent englouti, la Sogit doit rendre des comptes à la population qui attend des résultats. Des résultats qui ne doivent plus souffrir de retards en raison de leurs conséquences néfastes sur l’économique de la région. La population veut savoir et la Sogit doit répondre, un point c’est tout.

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L’enveloppe de cession ne prévoyait pas ces dépassements

Entre temps, la vigilance est de mise pour le paiement de ces importants travaux de corrections d’autant que l’enveloppe de cession « budgété serrée », dont dispose la Sogit, ne prévoyait pas ces dépassements.

Bien qu’un quai fonctionnel demeure un enjeu pour La Malbaie, le président de la Sogit et maire de l’endroit, M. Couturier, devra s’assurer, à l’égard des intérêts qu’il défend, que ce ne soit pas les citoyens qu’ils représentent qui paieront la facture. Le récent « rapprochement » entre les deux organisations, impose donc cette vigilance, d’autant plus que la Sogit et la Ville partagent déjà les mêmes firmes d’avocats et d’aménagistes. À l’égard de ce dernier groupe de professionnels, un contrat donné de gré à gré, en janvier dernier, pour l’aménagement du secteur, confirme bien cette proximité.

 

La Sogit et le quai de Cap-à-l’Aigle. Collectivité avez-vous dit ?

Texte paru sur la Sogit dans le quotidien Le Soleil

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Le Soleil publiait récemment, sous la plume de Gilles Gagné, collaborateur spécial au quotidien, un texte fort intéressant sur la problématique de la sauvegarde des quais au Québec et intitulé S.O.S. quais en détresse.

Accompagnant le reportage, une photographie éloquente du quai enroché de Saint-Irénée, en Charlevoix. Bien difficile pour plusieurs d’entre-nous de ne pas faire le lien avec celui de Cap-à-l’Aigle, étant donné que la Société de gestion des infrastructures de transport de Charlevoix (Sogit) travaille à lui réserver le même sort. Cela malgré le fait que depuis plusieurs mois, comme mairesse de La Malbaie, je milite pour sa sauvegarde comme l’a fait, bien avant moi, un millier de citoyens signataires d’une pétition portant le même message.

Le programme de cession des ports de Transports Canada

Il faut rappeler que le 23 mars 2012, au terme d’un long processus, Transports Canada, via son programme de cession des ports, cède officiellement à la Sogit, les quais de Cap-à-l’Aigle et de Pointe-au-Pic, tous deux situés à La Malbaie. L’acte de cession s’accompagne d’une enveloppe de près de 9 millions de dollars. De l’argent public devant permettre de réaliser des travaux «d’amélioration» des infrastructures et de contribuer aux frais d’opération durant une période transitoire évaluée entre 5 et 7 ans.

De l’argent public donné à l’entreprise privée pour des intérêts privés

Se targuant d’avoir négocié comme représentant de la «collectivité», la Sogit, compagnie constituée en vertu de la troisième partie de la Loi sur les compagnies, administre ainsi depuis le printemps 2012, à titre de propriétaire, les infrastructures devenues privées, sur notre territoire. La gestion est assurée par un conseil d’administration dont la composition, conformément aux règlements généraux, prévoit des administrateurs nommés d’office dont la majorité, à raison de cinq contre trois, représente des entreprises privées. Une structure d’ailleurs que j’ai tenté, sans succès, de rendre plus ouverte; notamment en passant par une bonification de son membership qui, force est de constater, est tout aussi fermé. Contrairement à cette majorité, j’y siège comme représentante d’un organisme public, la Ville de La Malbaie, avec toutes les obligations qui incombent aux élus et notamment celle de rendre compte.

Ces obligations imposent, pour tous les dossiers, de travailler au développement de notre collectivité dans l’intérêt commun. De mon point de vue, cette vision ne peut être dissociée non plus de l’incontournable nécessité de construire sur la mise en valeur de notre patrimoine et, dans le cas qui nous intéresse, la riche histoire maritime de Charlevoix.

Comme mairesse intéressée pour notre collectivité aux perspectives d’avenir qu’offre le fleuve Saint-Laurent, et notamment celui du développement du marché des croisières, j’avance que le positionnement de La Malbaie, comme destination, devrait passer par la sauvegarde du quai de Cap-à-l’Aigle de manière à appuyer et consolider celui de Pointe-au-Pic. Toutefois au pays de la démocratie charlevoisienne l’argent public a été confié ici à l’entreprise privée qui en décide autrement, sans écoute ni égard à la position des élus et aux retombées éventuelles destinées à l’ensemble de la population.

Les travaux au quai de Cap-à-l’Aigle

Ainsi en ce qui a trait au quai de Cap-à-l’Aigle, la Sogit prévoit son enrochement,  l’inscrivant par surcroît à la chronique d’une mort annoncée comme celui de Saint-Irénée. Elle justifie sa décision,  tantôt en invoquant une soi-disant obligation de l’enrocher inscrite à l’acte de cession, tantôt en invoquant une orientation prise il y a une douzaine d’années résultant d’une évaluation portant sur les coûts trop importants qu’engendrait la remise en état du quai.

Contrairement à ce qu’avance la Sogit, Transports Canada consent à la bonification des travaux prévus au quai de Cap-à-l’Aigle et affirme ne jamais avoir produit d’évaluation sur les coûts nécessaires pour la remise en état de l’infrastructure. Une évaluation que d’ailleurs la Sogit, malgré mes demandes incessantes, n’a pu me fournir copie à ce jour. Ce qui évidemment questionne profondément le bien-fondé de la décision initiale menant à l’enrochement du quai.

En toute démocratie

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Toutes les démarches entreprises pour la recherche de fonds supplémentaires visant la réfection du quai de Cap-à-l’Aigle, plutôt que son enrochement, n’ont trouvé écho auprès de la Sogit qui a fait fi des résolutions d’appui en ce sens, votées à l’unanimité, par le conseil de Ville de La Malbaie, deux fois plutôt qu’une, et le conseil des maires de la MRC de Charlevoix-Est.

La Sogit n’a pas cru bon prendre en compte, non plus, la demande que je leur ai adressée publiquement afin de soustraire au contrat de services octroyé, au coût de 1,2 millions de dollars, les travaux visant l’enrochement de la face sud du quai donnant sur le fleuve. Ce laps de temps supplémentaire aurait permis de compléter le montage financier permettant la remise en état de l’infrastructure.

Elle n’a pas davantage considéré le demi million de fonds privés recueilli, suite à mes démarches, ni la proposition du dépôt d’un plan de gestion de l’infrastructure selon plusieurs scénarios et accompagnant, une fois complété,  le montage financier. Forte de 9 millions de fonds publics, la Sogit persiste et signe et fait la sourde oreille à la représentante élue par la collectivité, où se trouve les infrastructures, et garde le cap sur l’enrochement du quai de Cap-à-l’Aigle.

Un endroit béni des dieux

Le fleuve ici, est plus qu’un élément du paysage, il est le cadre géographique qui a permis de développer diverses activités liées à la vie sociale et économique telles que la pêche, le cabotage et la villégiature.

Inauguré en 1881, le quai de Cap-à-l’Aigle, au même titre que celui de Pointe-au-Pic, accueillait notamment les nombreux estivants venus à bord de «palais flottants» et dont l’histoire a tellement nourri notre imaginaire collectif.

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Comme me le confiait récemment un habitué du fleuve et de la région, le quai de Cap-à-l’Aigle est un endroit béni des dieux. Localisée sur la rive nord du Saint-Laurent, entre Québec et Tadoussac, l’infrastructure est accessible à l’année puisque située en eau profonde et dégagée des glaces tout l’hiver. A u bout du quai, paroi sud que la Sogit est à enrocher, les instruments indiquent, à marée basse, 35 pieds de profondeur. Un sacrilège dira-t-il d’un ton partagé entre la colère et la tristesse. Des sentiments ressentis par bon nombre de citoyens et de gens de la mer qui fréquentent l’endroit en raison notamment de la marina «Le port de refuge» contigüe au quai où, à chaque année se déroule l’une des plus anciennes régates tenue au Québec, la course Triangle.

Un fleuve sans amarre

Selon le communiqué de mars 2012, Transports Canada désirait, par la cession des quais de Pointe-au-Pic et de Cap-à-l’Aigle, «promouvoir la croissance de l’économie locale». En contrepartie de cette cession la Sogit aura reçu 9 millions de dollars provenant du fédéral dont une partie sera injectée à la destruction du quai de Cap-à-l’Aigle.

De l’argent qui aura transité du public au privé et qui, au terme de l’exercice, a permis à la Sogit, sans obligation de rendre compte à qui que ce soit, de tourner le dos à notre passé et de freiner notre avenir à l’égard de certaines perspectives de développement pourtant si prometteuses pour notre collectivité.

Quai de Pointe-au-Pic. Qui va payer ?

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Deux millions, provenant de Développement économique Canada, carrément jetés à l’eau, puisque les installations cadenassées depuis 2002 n’ont eu depuis ce jour pour visiteurs que les goélands. Ce coûteux perchoir devra faire l’objet d’importants correctifs pour accueillir les véritables oiseaux de mer, ces plaisanciers et croisiéristes tant attendus.

Ces correctifs de quelques autres millions, cinq aux dernières nouvelles, satisferaient aux exigences de deux scénarios mis de l’avant par les ingénieurs de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada (TPSGC) pour le compte de Transports Canada. Le fédéral se dit prêt à verser encore une fois cet argent à la CRAPPP dans le cadre du projet de cession des quais de Pointe-au-Pic et de Cap-à-l’Aigle. Les deux scénarios permettraient de reprendre les travaux du mur est afin de les rendre conformes aux normes du Code national du bâtiment à l’égard des séismes.

Une quatrième étude

Lors de son récent passage dans Charlevoix, le ministre fédéral des Transports, Jean Lapierre, annonçait publiquement l’injection d’une somme supplémentaire de 80 000$, «avant même que les appels d’offres ne soient lancés», fait remarquer Jean-Luc Simard, porte-parole de la CRAPPP, pour la réalisation d’une autre étude, la quatrième si l’on appelle un chat un chat.

Cette étude, qui doit valider l’un des deux scénarios proposés par le fédéral, doit être exécutée par une firme indépendante mandatée par la corporation. La dernière étude commandée par la CRAPPP avait coûté près de 40 000$, ce qui, grâce au ministre, laisse environ deux fois plus de latitude aux heureux soumissionnaires pour présenter leur offre.

Plus rien pour les aménagements de surface du quai de Cap-à-l’Aigle

Pour l’heure, le projet de cession se chiffre à 5 M$, qui s’ajoutent aux 2 M$ déjà flambés de même qu’aux coûts des premières études et que viendront bonifier le montant de 80 000$ pour la nouvelle étude et un autre 1,4 M$ en fonds de démarrage, auquel M. Simard dit ne pas vouloir toucher, par sécurité. Il ne resterait donc plus rien pour le projet d’enrochement du quai de Cap-à-l’Aigle, dont le coût était évalué à 700 000 ou 800 000$ en 2000-2001, précise M. Simard, et se limitait à l’enrochement, excluant ainsi l’aménagement de la surface du quai pour les piétons ou les utilisateurs.

Le risque et la responsabilité

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Le projet de cession pourrait bien aboutir dans les prochains mois nous dit-on. Toutefois, si le passé est garant de l’avenir, le contribuable charlevoisien a de bonnes raisons de s’inquiéter devant l’ampleur de ces chiffres et les questions qui demeurent sans réponse.

Dans ce contexte et sachant qu’une fois le quai cédé, la CRAPPP ne pourra plus bénéficier de l’apport du fédéral, qui devra assumer la responsabilité d’un très possible déficit? Cette responsabilité incombera-t-elle aux administrateurs de la CRAPPP ou aux sociétés et organismes qu’ils représentent? Dans ce dernier cas, la MRC de Charlevoix-Est et la Ville de La Malbaie, qui siègent au conseil d’administration, devront-elles éponger une partie de ce déficit et, le cas échéant, dans quelle proportion? Ou refilera-t-on en douce la totalité de la facture aux contribuables de l’est du comté?

Les citoyens veulent savoir !

Installations du quai de Pointe-au-Pic. 2 M $ plus tard… encore d’autres millions !

Par Lise Lapointe

Dans la saga du quai de Pointe-au-Pic, l’étourdissante danse des millions se poursuit, au point, trop souvent, de nous faire perdre de vue l’essentiel.

Deux éléments caractérisent ce dossier. D’une part, la cession du quai proprement dit, dont les infrastructures, conformes celles-là, appartiennent toujours au fédéral et, d’autre part, l’état des installations du mur est qui ne respectent pas, selon deux études, certaines normes du Code national du bâtiment et qui appartiennent à la Corporation régionale d’administration portuaire de Pointe-au-Pic (CRAPPP).

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Des installations cadenassées depuis trois ans

Les installations du mur est, cadenassées depuis trois ans, ont été aménagées en 1997 au coût de 2 M$ à même des fonds publics provenant de Développement économique Canada pour les régions du Québec. Versé à la CRAPPP, cet investissement géré par les administrateurs de la corporation régionale a permis d’aménager ces installations d’après le devis privilégié par ces derniers. Selon Transports Canada, la nature du devis constituait un précédent pour ce genre de travaux. La CRAPPP, qui assurait la surveillance des travaux à titre de maître d’œuvre, a sélectionné les firmes qui ont rempli les mandats de conception et d’exécution conformément au cahier des charges pour des infrastructures d’une durée de vie de 30 ans.

Résultat, nous voilà aux prises avec une éventuelle cession portuaire qui, en plus de s’accompagner d’un montant de quelques millions devant faciliter la transition vers la prise en charge, devra prévoir l’injection des quelques autres millions nécessaires à la correction des installations de la CRAPPP, non conformes selon les deux études déjà réalisées, pas gratuites celles-là non plus.

Des millions encore pour les correctifs

En ce qui a trait aux correctifs à apporter, leur coût «se serait établi à 3,5 M $ en 1997», déclarait récemment  M. Jean-Luc Simard, maire de La Malbaie et porte-parole de la CRAPPP. «De tels travaux nécessiteraient en 2005 des investissements deux fois plus importants.» Nous voilà maintenant à 7 M $ de plus, et l’histoire ne s’arrête pas là. Le nouveau ministre des Transports, Jean Lapierre, accepte de financer une autre étude, la troisième, qui devrait débuter dans les semaines, voire les mois à venir, selon Irène Marcheterre, directrice des communications au Cabinet du ministre, pour l’examen de solutions moins coûteuses.

Pourtant, nous avons appris de source sûre à Transports Canada que de telles solutions existent déjà mais ne semblent pas intéresser la CRAPP, qui demande «une Cadillac, et pas n’importe quelle, la chromée en plus».

De l’argent public sans obligation de rendre compte

Cette situation doit surement faire réfléchir les contribuables, qui voient leur argent versé dans des projets de développement coûteux sans garantie d’efficacité ni garantie d’atteindre les objectifs. Elles devraient aussi faire réfléchir le gouvernement, qui transfèrent des capitaux, au nom de la sacro-sainte décentralisation, sans imposer aucune obligation de rendre compte de la gestion régionale des fonds publics, obligation pourtant fondamentale en démocratie.

En attendant qu’on trouve la clé du cadenas qui ferme l’accès aux installations de la CRAPPP, agrémentées depuis peu de barbelés, le contribuable, toujours et encore, paye la note.

Au quai de Pointe-au-Pic, c’est l’omerta qui s’applique

Texte paru dans le Soleil, novembre 2003

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C’est au départ des courses de voiliers Triangle et Edmond-Desgagnés, début septembre, que les touristes, emballés à l’idée de regarder ce magnifique spectacle de la rive, se sont interrogés sur l’impossibilité d’accès aux installations du secteur est du quai de Pointe-au-Pic. Les aménagements, tout récents, avaient pourtant bien été payés par leurs taxes et impôts. En fait, tout l’été durant, devant le grillage cadenassé, les résidents de Charlevoix se sont posé les mêmes questions sans toutefois obtenir de véritables réponses. Comme si, en ce qui touche ce secteur du quai, la loi du silence était «la façon de faire» dans ce pays de bord de mer.

Ces installations, propriété de la Corporation régionale d’administration portuaire de Pointe-au-Pic (CRAPPP), se composent essentiellement d’un brise-lame, de pontons avec installations électriques pour les plaisanciers, d’aires piétonnières et, du côté est du quai, d’un mur où accostent les navires de croisière, ce qui confère au secteur sa vocation récréotouristique.

Il faut mentionner également que ces installations, à l’exception du brise-lame, reposent sur un quai qui appartient toujours au gouvernement fédéral et dont une partie accueille des installations portuaires à vocation industrielle.

Incapable de signer son bail

Cet été, la CRAPPP n’a pu disposer de ses installations en raison de son incapacité de signer son bail avec Transports Canada. Le locateur exige, comme il se doit, que les installations du locataire respectent les normes auxquelles lui-même se soumet. La situation qui a perduré tout l’été nous démontre que la corporation régionale n’a pu satisfaire à ces exigences.

Il faut se rappeler qu’à la suite d’une impasse qui a mené à la démission (temporaire) des administrateurs de la CRAPPP en 2001, et une fois le bail expiré avec Transports Canada, ce dernier, dans le but de planifier la relance des installations, va commander, en 2002, à la firme de génie-conseils Roche, l’inspection de ces installations. Le rapport de la firme fait mention de correctifs à apporter au garde-roue, aux trottoirs de bois, aux bittes d’amarrage et aux systèmes de défense. Mais plus encore, le document mentionne des lacunes importantes concernant la structure du mur est, qui ne respecte pas les normes du Code national du bâtiment à l’égard des séismes. Des correctifs majeurs cette fois-ci et plus coûteux, mais nécessaires si l’on veut rouvrir l’accès aux installations.

La CRAPPP, maître d’oeuvre

L’équation est fort simple : pas de correctifs, pas de bail, pas de bail, pas d’accès aux installations.

C’est pourtant la CRAPPP qui a été maître d’oeuvre, tous en conviennent, tant Transports Canada que Développement économique Canada (DEC), des différentes étapes des travaux. Ce n’est pas Transports Canada qui est intervenu dans la réalisation des aménagements du quai de Pointe-au-Pic mais bien la CRAPPP qui, une fois constituée en mars 1997, a poursuivi dès lors les étapes amorcées entre autres par la Ville de La Malbaie et Casiloc inc, filiale immobilière de Loto-Québec.

La corporation régionale a donc convenu de privilégier un devis de performance plutôt qu’un devis technique, un précédent, selon Transports Canada, pour ce genre de travaux. C’est elle aussi qui a fait la sélection des firmes ayant conçu et exécuté les travaux conformément au cahier des charges qui leur avait été soumis pour des infrastructures d’une durée de vie étonnamment courte de 30 ans. De plus, la CRAPPP était responsable de la surveillance des travaux.

Un mutisme devenu marque de commerce

La gestion de la CRAPPP se fond depuis fort longtemps dans un mutisme devenu marque de commerce et se reflète depuis le printemps dans un paysage riverain agrémenté de pontons absents et de voies d’accès interdites. Ce qui ressort de ce dossier, c’est que dans ce manque de transparence où règne en maître l’opacité et d’où s’échappent parfois quelques demi-vérités, comme si nous étions des demi-citoyens. Qui plus est, personne n’ose remettre en question la gestion de la CRAPPP.

Or c’est bien la CRAPPP qui a géré, dans le cadre d’un protocole d’entente, les deux millions de dollars versés par DEC uniquement pour l’aménagement du mur est du quai, secteur aujourd’hui fermé. Lorsqu’on demande à Christian Audet, directeur à DEC, s’il considère que les millions versés ont permis d’atteindre l’objectif fixé, il nous rétorque que «poser la question, c’est y répondre».

Pour sa part, Marie-Claude Lavigne, attachée de presse du secrétaire d’État à DEC, Claude Drouin, mentionne qu’une somme importante a déjà été versée pour les installations du mur est du quai de Pointe-au-Pic et que, par ailleurs, aucuns pourparlers avec la CRAPPP pour l’ajout d’un montant éventuel concernant les installations ne sont envisagés. Elle conclut en mentionnant qu’en ce qui concerne DEC, le dossier est clos.

Une société privée

Les contribuables s’attendent pourtant à des résultats lorsqu’on dépense leur argent. Ils s’attendent à être correctement informés de l’évolution du dossier, particulièrement les commerçants situés aux abords de l’endroit à qui l’on fait croire, depuis le printemps dernier, que tout est réglé ou sur le point de l’être. Les contribuables devraient pouvoir savoir à qui, au juste, ces fonds sont versés.

En effet, qui sont les propriétaires de la CRAPPP, cette société privée, sans but lucratif il est vrai, mais autorisée en vertu de ses lettres patentes à posséder des biens immobiliers de cent millions de dollars? Pourquoi donc l’argent est-il versé à ces inconnus plutôt qu’à un organisme représentatif tenu de répondre publiquement de sa gestion?

Compte tenu de ce que nous savons, la corporation régionale a de toute évidence mal géré les premiers millions, aujourd’hui jetés à l’eau car tout est à refaire. En ce sens, n’y a-t-il pas lieu de s’interroger, et ce avant que ne pleuvent les autres millions nécessaires aux correctifs permettant la réouverture du secteur est du quai de Pointe-au-Pic, sur la capacité de la CRAPPP d’assurer la viabilité du port de Pointe-au-Pic?

La cession du quai

En mars 2003, le Gouvernement fédéral annonçait une prorogation de trois ans du Programme de cession des ports. Ainsi, Transports Canada s’apprête à reprendre les pourparlers avec la CRAPPP en vue de la cession complète du quai à la corporation régionale. L’ouverture du secteur est du quai pourrait alors se faire, mais à quel prix? Celui, bien coûteux pour les contribuables, d’une installation pour le prix de deux.

Mais encore, le port de Pointe-au-Pic représente un équipement régional d’importance et son développement constitue un enjeu de taille pour la MRC de Charlevoix-Est et pour chacune des municipalités qu’elle représente. Les revenus provenant des activités récréatives et industrielles sont au coeur de cette cession. L’avenir du port de Pointe-au-Pic dépend de sa capacité de créer et de développer des créneaux nouveaux, d’élaborer des projets afin d’assurer son autonomie financière et de contribuer au développement économique régional. Nous ne devons pas oublier non plus que le développement du port de Pointe-au-Pic s’inscrit dans une stratégie visant à doter le Québec d’un réseau portuaire efficace, efficient et concurrentiel sur les marchés intérieurs et étrangers.

La CRAPPP , un bilan fort peu reluisant

Le défi est de taille et en ce sens sommes-nous prêts à remettre le pouvoir décisionnel entre les mains de la CRAPPP? Jugeons-nous que ses administrateurs sont les plus aptes à élaborer une stratégie à l’égard du port de Pointe-au-Pic. Pour l’heure, le manque de transparence dont a fait preuve la CRAPPP envers la population, son incapacité de gérer adéquatement les fonds publics qui lui ont été versés et d’atteindre les objectifs pour lesquels ils ont été versés et son inefficacité à résoudre le problème de la fermeture du mur est, en offrant pour toute solution de le contourner, puisqu’elle est prête à se faire céder le quai tout entier et à faire payer deux fois la note des installations aux contribuables, constituent un bilan fort peu reluisant pour la corporation régionale.

À la lumière de ce constat, il est difficile de croire que l’on puisse poursuivre sur cette voie avec pour tout gouvernail la CRAPPP. Si tel était le cas, cela voudra dire que nous aurons fermé les yeux sur ce qui semble vouloir s’instaurer, le régime de l’omerta où bienheureux sera le capo de tutti capi.

CHARLEVOIX : NOUVEL ÉCLAIRAGE